Wednesday, April 13, 2005

Transvision Vamp - Velveteen

Combien de groupes de ma jeunesse ont ainsi fait brièvement parler d'eux comme des sauveurs du rock'n roll ou au moins de putains de bons groupes, avant de basculer dans un oubli d'autant plus complet qu'ils n'ont pas réussi à inscrire du même coup un de leurs singles au sommet du Top 40 et leur nom dans la postérité ? Heureusement est là l'internet magique, internet mon ami qui m'apporte via on ne sait quel hasard d'exhumation d'une cave espagnole ou d'indécrottable fan norvégien ce Velveteen qui a, ma foi, bien vieilli, dans les deux sens de l'expression puisque s'il est définitivement marqué par une production d'époque (89 quand même) ça n'empêche pas tout le petit tintouin de fonctionner comme sur des roulettes, dès les guitares qui ouvrent "Baby I don't care" (avec un titre comme ça, déjà tout un programme), fauchées sur "Louie Louie", jusques aux vocalises mi-petite salope, mi-Diana Ross époque suprême, rajoutez une couche d'électronique et vous obtiendriez un bon concurrent pour Garbage, hélas Transvision Vamp avaient peut-être quelques années d'avance de trop...

Sunday, March 13, 2005

Broadway Danny Rose - Woody Allen

1984 : le moins qu'on puisse dire, c'est que la couleur est arrivée au cinéma depuis longtemps, Woody Allen continue quand même à faire des films en noir et blanc, un fétichisme qui sied particulièrement à ses accès de nostalgie. Ici, c'est tout un petit monde des agents de Broadway qui ressurgit à l'occasion d'une bouffe entre anciens de ce milieu, entre numéros pathétiques, chanteurs alcooliques et autres artistes foireux - la grande beauté du film résidant moins dans la course-poursuite nonsensique qui constitue le coeur du film que dans les dernières scènes, Thanksgiving entre artistes ratés mais filmés avec la même tendresse et la même humanité que les Freaks de Browning, puis cette course en plan large dans un New York où la vie s'écoule...
On a souvent accusé Allen de pratiquer un cinéma narcissique et égocentrique ; difficile à croire quand on voit ce concentré d'humanité...

À noter aussi, deux apparitions remarquées, Sammy Davis Jr saluant du haut d'un char de la parade de fin, et Dick Hyman à la musique...

Friday, March 11, 2005

Je suis encore plus largué

ça aura vraiment été une semaine de merde, la preuve, le pape est encore vivant. Les communiqués de presse ont un ton très particulier, du coup, je commence à me demander si ce n'est pas Florence Aubenas qui est otage au Vatican et JP II en Irak ?

En plus les impeccables The Onion qui titrent : Bush Announces Iraq Exit Strategy: 'We'll Go Through Iran'.

L'autre qui m'inquiète c'est Aphex Twin, sa nouvelle série (Analord, chez Rephlex) n'a rien d'innovant mais ça ne l'empêche pas d'être très riche et dense, par contre je lui trouve une tonalité spécialement sombre.

Tuesday, March 08, 2005

Je suis largué

La capacité des Américains à prendre n'importe quel style musical et rajouter dessus l'étiquette "christian" me sidère - pourquoi prendre quelque chose d'ouvert et le limiter à un outil de propagande ? Surtout quand en plus le résultat vire ridicule, par exemple sur ce disque de "christian house", ou au franchement risible et bas du front, tendance 2 de tension et 3 de QI.

Merci Amazon.

Martin Scorsese - The aviator

Le genre de film dont on ressort avec des sentiments mélangés : je ne peux pas dire que j'ai aimé, agacé par un Di Caprio qui surjoue et un Scorsese qui surfilme, duo infernal, l'un veut son Oscar et enchaîne les difficultés d'interprétation, l'autre veut aussi ses Oscars et s'offre des plans à grand spectacle.
Pourtant, il y en a des bonnes choses : une photographie superbe, avec des filtres permettant de répliquer les "couleurs d'époque", une histoire fascinante (même si on peut regretter que Scorsese adopte un point de vue centré sur le cinéma, accordant donc plus d'importance au Hughes réalisateur qu'au Hughes qui me fascine, celui qui a passé sa vie à se fuir, inspirant notamment Paul Morand), et enfin une pléïade d'acteurs et d'actrices compensant le Caprio, notamment une Gwen Stefani qui ferait bien d'arrêter tout de suite la chanson pour se mettre au ciné, et la famille Wainwright au grand complet et en grande forme.

Stephanie Black - Life and debt

La Jamaïque : son soleil, son sable fin, sa nature luxuriante, son reggae… et accessoirement son agriculture écrasée par les importations américaines, son économie détruite par la dette contractée auprès du FMI et les conditions draconiennes imposées par celui-ci, Kingston et sa zone franche. Le documentaire - réquisitoire de Stéphanie Black, elle-même jamaïcaine, est sans appel, son film illustre parfaitement des ouvrages comme le No Logo de Naomi Klein ou le Globalization and its Discontents de Joseph Stiglitz, et ce avec beaucoup de clarté et de lucidité, et un invité de marque, Michael Manley (Premier Ministre jamaïcain de 72 à 80), remontant jusqu’à l’indépendance du pays (1962) et la crise pétrolière de 1973. Un seul reproche : l’exposé s‘embrouille parfois, notamment à propos du marché des bananes, donnant certaines informations dans un mauvais ordre, en répétant certaines inutilement ou passant trop vite sur certaines autres.

Hubert Sauper - Le cauchemar de Darwin

Un film ambivalent, à la fois questionnement sur ce que doit être un documentaire, et pamphlet anti-mondialisation.
Pour le documentaire anti-mondialisation clair et objectif, on avait déjà des choses comme Life And Debt de Stephanie Black, démontage précis et structuré des mécanismes du FMI ; Sauper s'attaque à un problème assez comparable, la façon dont l'introduction d'un grand poisson prédateur dans le lac Victoria a détruit son écosystème, mais créé (pour combien de temps ? puisque laissé à lui-même dans un milieu où il n'a plus ses prédateurs traditionnels, ce poisson détruit son propre environnement) une industrie apparemment rentable...
Le portrait qu'il fait des conditions de vie de la population locale, enfants abandonnés sniffant la colle locale (extraite d'emballages pour poissons...), pêcheurs vendant à l'usine locale le produit de leur travail mais subsistant de têtes de poisson, femmes prostituées... est sans appel. Il interviewe quelques personnages-clés, comme l'une des prostituées locales, comme le gardien d'un mystérieux institut d'études scientifiques (qui a d'ailleurs une présence à l'écran stupéfiante en archer démoniaque uniquement filmé de profil et de nuit), ou les pilotes russes des avions-cargos ; et ne prive pas de souligner les aspects les plus surréalistes et horribles du système, comme ces avions qui emportent le poisson dans un sens et apportent de l'aide humanitaire dans l'autre.
Pourtant je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir mal à l'aise : certains plans trop faciles, trop manipulateurs (comme sur les asticots, ou ceux sur le malaise du directeur d'usine), comme certaines choses qui n'avaient peut-être pas leur place (les amies de la prostitué regardant après l'assassinat de celle-ci les images tournées par Sauper et sur lesquelles elle apparaît), l'obstination de ce réalisateur à trouver du trafic d'armes (qui semble réel mais mineur et plus une conséquence qu'une origine du problème). Surtout, il reste de multiples zones d'ombre, parfois attribuables à un manque de construction (il aurait suffi d'un carton pour expliquer aux non-chimistes que la décomposition du poisson produit de l'ammoniaque...) mais le plus souvent volontaires : que devient l'argent généré par la vente des poissons ? En toute logique (capitaliste) il devrait finir par créer de la richesse sur place - mais on ne voit pas de Tanzaniens enrichis, et à l'inverse, pas non plus comment les capitaux repartent en Occident...

Paul Morand - L’homme pressé

Surtout connu pour l’adaptation ciné avec Delon à l’époque où il jouait, raconte la vie d’un marchand d’art si paniqué par la conscience du temps qui passe qu’il vit sa vie à toute vitesse, au point de ne pas arrêter sa voiture quand il fait le plein avec un jerrican…le style est élégant quoiqu’un peu marqué par son époque, même si le livre écrit en 1941 ne fait pas de référence aux événements de l’époque ; remarquable collection de personnages secondaires hétéroclite, le livre s’achève « moralement » puisque le héros réapprend à vivre, mais il est parfois difficile de faire la part entre la fascination pour son style de vie et sa désapprobation. A lire au moins pour cette quête de la vitesse, évidemment sur-référencée par Virilio.

Paul Virilio – Ce qui arrive

Le moins qu’on puisse dire du dernier Virilio c’est qu’il ne respire pas la joie de vivre… Le titre ne prend pas des allures prophétiques pour rien, « Ce qui arrive » c’est que l’humanité se retrouve coincée entre une marche en avant forcément mortelle (au bout de l’accélération, le crash, Virilio le répétait déjà dans Esthétique de la Disparition) et une marche en arrière condamnée à l’échec (puisque négation de tout ce qui s’est passé) : dans les deux cas, une course vers le néant, à force de mettre des machines entre nous et le monde c’est notre substance même qui disparaît… à chaque nouvel assaut, c’est notre conscience, donc notre être, qui devient plus fragmentaire.

Virilio a un gros avantage sur le Debord des Commentaires sur la Société du Spectacle : il évite à la fois la paranoïa, l’auto-cirage de pompes et le côté désordonné du prédicateur fou. Au contraire, ce court essai est relativement construit même si la structure reste fluide, et l’auteur s’appuie sur une lecture intelligente et précise des événements récents (11 septembre, progrès de la bioéthique), les replaçant à chaque fois dans le cadre de ses essais précédents - on ne peut qu’apprécier qu’il offre une vision intéressante et assez originale de thèmes pourtant rebattus ces derniers mois, même sans être toujours d’accord avec ses positions (ce qui est mon cas en particulier sur le « mondialisme » ou la « muséomanie »), et même s’il est dommage qu’il se contente de décrire l’impasse sans proposer de porte de sortie.

Friday, March 04, 2005

Inspirations, respirations...

Je découvre le "Leader of the pack" des Shangri-Las qui ouvre l'excellente compilation "The best of the girl groups" et je suis frappé de constater à quel point ce morceau a inspiré plusieurs morceaux de la BO du Rocky Horror Picture Show, dans le fond comme sur des petits détails.
Le Time Warp dudit RHPS étant d'ailleurs repris par les indécrottables Alvin & the Chipmunks sur cet excellent blog consacré aux reprises.
Et puisqu'on parle de blogs intéressants, celui de Frantico n'est pas monstrueusement original, mais se lit quand même bien, et j'aime beaucoup les différentes incarnations de sa (mauvaise) conscience.

Thursday, March 03, 2005

Asmus Tietchens - Litia

ça mériterait des explications plus détaillées et ça les aura peut-être un jour, mais en attendant, se souvenir que cet album (et plus généralement les autres de ce monsieur) sont ce que j'ai entendu de plus innovateur, inclassable, enthousiasmant et tout simplement beau depuis très longtemps en matière de musique électronique. Et ce n'est pas faute de méconnaissance du domaine ou de manque d'intérêt pour ce qui s'y fait de nouveau. À peu près tout le répertoire des références possibles passe à travers le disque, et pourtant il y a clairement à l'oeuvre une personnalité unique derrière tout ça ; le type se prétend inspiré par Cioran, mais cette musique respire plutôt la joie de vivre ; se déclare disciple de Stockhausen, mais chacun de ces petits morceaux est mélodique, enfantin, facile d'accès, et suit des règles de composition relativement classiques (des motifs récurrents, des rythmes binaires, des refrains, tout ça), on imagine assez bien certains titres sortir en single ou être utilisés pour des films - plutôt des dessins animés d'ailleurs.
On notera aussi l'existence de In die Nacht, compilation de vieux morceaux qui n'ont pas pris une ride sortie il y a quelques mois, le tout chez Sky Records, plutôt connu pour sortir le catalogue de tenants teutons de l'électronique tétanisée.

Tuesday, March 01, 2005

Maximilian Hecker / Pokett / One-Two au Café de la Danse (280205)

Triple affiche pour finir ce mois :
- tout d'abord Pokett, grand garçon sympathique et un peu maladroit, qui enfile des chansons tristes accompagné de sa seule guitare et dans un anglais à peine moins approximatif dans sa grammaire que dans son accent. Ce n'est pas que ce soit totalement mauvais ou irrépressiblement antipathique, c'est juste que c'est quand même léger ;
- pour suivre, One-Two, quatre gars qui participent à un retour des costumes classiques, une correction vestimentaire qui n'est malheureusement pas l'apanage de la plupart de leurs collègues, et qui est hélas ruinée par des cravates mal nouées, voire des pans de chemise dépassant du pantalon. Quand ils ne sont pas occupés à s'habiller en faisant de l'humour, ils font de la musique en faisant de l'humour, ce qui implique des blagues drôles de temps en temps, et des comptines pop fauchées chez Blur, mais en plus flou puisque c'est du sous-Blur : paroles moins maîtrisées (mais pleines d'humour) et arrangements pleins d'énergie (et d'humour) mais un peu approximatifs. Heureusement, ça décolle vers la fin du concert : le tempo s'accélère, on arrête de prêter attention aux paroles, le groupe commence à fonctionner comme tel... On aurait tendance à les classer avec Pokett dans la catégorie des gens qui nous sont sympathiques, et nous le seront encore plus quand ils se décideront à chanter en français - je suis quand même curieux de mettre la main sur un album (le stand à la sortie ne vendait que du Hecker) ;
- et enfin la star de la soirée, le berlinois chéri de ces dames, impeccable avec ses os moulés dans un pull blanc, entouré d'un groupe apparemment plus "pro" que la dernière fois dans ces lieux. Je n'ai pas une très bonne connaissance de sa discographie, mais j'ai eu l'impression qu'il jouait surtout des titres du dernier et troisième album au début, avant de se plonger dans les vieux titres ensuite, mais je n'ai pas reconnu mon morceau (de loin) préféré, "Infinite love song". Quatre rappels pour faire plaisir à une salle pleine de fans, dont Song For Kate Moss dont il nous expliquera dans son neuropéen caractéristique (et manifestement craquant pour la gent féminine surreprésentée ce soir) qu'elle était prévue pour Chan Marshall, et puis s'en va, laissant l'impression d'un beau cristal, techniquement parfait et aussi pur que sa voix haut perchée sous son voile, mais un peu trop froid - impression se dissipant à chaque fois qu'il se retrouvait seul avec sa guitare ou son clavier (avec gros morceau de scotch pour dissimuler la marque), pour revenir dès que ses musiciens viennent exécuter une volée de post-rock techniquement parfait.
Un jour, ce garçon fera probablement de très belles choses. En attendant, on se contente de chercher sous de jolies choses des morceaux de beauté, et comme on en trouve parfois ce n'est pas si mal.

(Photos : http://www.nonewsweb.com/photos/)