Friday, October 29, 2004

La vie en entreprise #1

L'ampoule des WC des hommes est cassée depuis trois jours. L'hiver approche. Personne n'a encore rien fait. Suspense.

À vendre - ordinateur complet

Il y a quelqu'un dans mon quartier qui cherche à vendre, donc, un ordinateur complet. Pentium 300 Mhs, 64 Meg de RAM, 3 Gig de disque dur, il y a même un clavier, une souris et un écran - couleur. Le tout pour la modique somme de 165 €. Bon d'accord, il précise quand même que ledit prix reste à débattre, mais en voyant ça, je m'interroge : comment peut-on vraiment espérer, aujourd'hui, vendre une telle antiquité à ce prix ? le pire, c'est que ce monsieur (ou cette dame) constelle le quartier depuis plusieurs mois déjà de ses affichettes ; je serais curieux de savoir combien de temps et d'argent il y a consacré. La dernière série d'affichettes, trouvée sur des pare-brises de voitures, toujours aussi probablement découpées (ce qui implique qu'il passe beaucoup de temps avec des ciseaux, ou qu'il ait investi dans un massicot), a même un petit morceau de scotch double-face au dos.
Qui est capable de foutre du scotch double-face pour que ça tienne mieux sur le pare-brise, au lieu de se contenter de piéger le papier avec l'essuie-glace ? Et en plus, le scotch n'était même pas utilisé à chaque fois ?

Thursday, October 28, 2004

Rufus Wainwright - Poses

Le fiston a de qui tenir, mais a réussi à imposer en quelques albums sa propre personnalité : délicieuse ambiguité (il est homo mais plaît beaucoup aux dames), d'ailleurs ses textes peuvent souvent s'adresser à des hommes autant qu'à des femmes, voix tout-terrain capables de petites merveilles dans les aigus comme dans les graves avec une préférence pour les premiers, légérement voilée, et une façon terriblement théâtrale de s'en servir, sur scène comme sur disque il passe du piano à la guitare, parvient à occuper l'espace avec la même classe qu'il s'accompagne d'une guitare acoustique ou d'une section de cordes, sans que son style y fasse de concessions - et en plus, cet album est bourré de perles, "Rebel prince", "Cigarettes and chocolate milk", le doublé "One man guy"/"Evil angel"... magnifique.

Wednesday, October 27, 2004

Hyperclean - Hyperclean

C'est peut-être l'un des groupes à surveiller actuellement : avec un peu de bol, ils feront d'autres disques, et le rock français ne s'en portera pas plus mal. Succession de vignettes qui tapent un peu partout pour la musique mais ont manifestement pas mal écouté Air ou le Gainsbourg 70's, la voix du chanteur fait partie de l'acquis plus que de l'inné (il faut être un peu habitué aux paroles pour saisir le sel de sa façon de chanter), là où le groupe est doué c'est dans les paroles, leur spécialité c'est le gros gâteau mou et indigeste avec des lames de rasoir rouillées dedans, procédé qui tombe parfois un peu à plat mais donne aussi des petites réussites ("Lapin") voire leur permet de créer un vrai malaise ("Hyperclean").
Vus sur scène en première partie de Brigitte Fontaine, solides techniquement (même si j'aurais aimé qu'ils exploitent plus le fait d'avoir sur certains morceaux deux claviers), le chanteur, grand garçon mascaré et dédingandé, est un spécialiste de l'auto-dérision.

Plus sur www.hyperclean.net , sur www.maisondrole.com , et sur www.microberecords.com qui a d'ailleurs récupéré des gens comme Ignatus ou Mr Quark, ainsi que des artistes Cup Of Tea... comme quoi les grands esprits etc.

RJD2 - Constant elevation

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les mixes hip-hop, plus ou moins officiels, ne manquent pas, avec le risque de perdre du temps dans des masses de choses sans intérêt, ou de passer à côté de choses fantastiques - comme celui-ci, qui montre que RJD2 a tout compris à l'histoire de la musique électronique (Thomas Dolby ET Steinski ET Recloose ET Goblin), a beaucoup d'humour (Joe Cocker superpitché), sait voir en dehors de sa bulle (Tears For Fears), a déjà derrière lui quelques grands morceaux (dont l'increvable "The Horror"), et accessoirement bosse pour Def Jux, dont une belle partie du catalogue est représentée.

Tuesday, October 26, 2004

Michel Gondry – Eternal sunshine of the spotless mind

Préciser d’entrée de jeu que c’est un film bourré de défauts : l’image lo-fi, certes un parti pris justifié, finit par énerver, et il y a deux ou trois poussées typiquement hollywoodiennes et qui n’apportent pas grand-chose au film – défauts largement compensés, et d’une, par une réalisation impeccable, pleine de trouvailles visuelles mais qui ne tournent pas à l’eye-candy abusif, et en prime une paire d’acteurs qu’on appréciera d’autant plus qu’on les a détestés ailleurs. Je ne parle pas d’Elijah Wood, car je soupçonne ma difficilement répressible tendance à me lever de mon siège en hurlant « fuck off, friggin’ hobbit ! » de ne pas être totalement objective.

Et de deux, et surtout, parce que ce film traite de façon passionnante d’un thème passionnant et totalement sous-exploité jusqu’ici : la façon dont la mémoire, et plus généralement la conscience, fonctionnent. On a bien eu un âge d’or pour ce genre de questionnements, que je situerais dans les années 50-70, mais c’est quand même très vite tombé dans les délires new-age voire la SF de bas étage, et si on excepte quelques écrivains de la génération cyberpunk et Ravalec, on est aujourd’hui loin des démarches initiées par des gens comme Burroughs, Gysin, Castaneda, Gibson, K Dick, Ballard… Ce que Gondry nous donne à voir, du moins dans la partie cœur du film, c’est un cerveau fonctionnant à plein rendement, avec pas trop de rationalité, des associations bizarres, un contrôle seulement partiel etc - adoré la façon dont c’est rendu à travers un tas de trouvailles visuelles, les transitions entre des moments qui n'ont rien (mais tout) à voir, les effacements graduels, toute la combinatoire...

J'y suis allé avec ma compagne, et c'était d'ailleurs amusant de constater à quel point nos réactions étaient opposées (la sienne fut très négative) mais en ayant la même source - que ce film joue avec des trucs aussi essentiels et profonds (même s'il y a des défauts) m'a passionné mais a provoqué chez elle un rejet... Adoré aussi l'esthétique lo-fi - même si au bout d'un moment, ça fatigue de voir tout en gris un peu flou, je trouve que que visuellement, ça ouvre une nouvelle voie : jusqu'ici les films blindés d'effets spéciaux, ça donne du plastique (Hulk), ça donne du tout brillant (Matrix) ou ça donne du tout texturé (Vidocq, Jeunet), maintenant ça donne aussi du lo-fi, des images qui donnent l'impression de sortir telles quelles d'une mauvaise caméra DV alors qu'il doit y avoir des heures de post-production derrière.

Quasi - R&B Transmogrification

C’est pop-rock, c’est impeccable, c’est bourré de morceaux parfaits, c’est essentiel si vous aimez Built To Spill ou Blonde Redhead, ça démarre sur les chapeaux de roue avec l’enchaînement « Ghost Dreaming » / « Ballad of Mechanical Man », deux comptines qui montrent qu’ils ont parfaitement assimilé leur Sonic Youth, et ensuite l’album refuse de redescendre sur terre, ce n’est pas un hasard si plusieurs des titres évoquent les airs, de l’enchanteur instrumental « Bird’s eye view » au « Clouds » de fin en passant par le plus inquiétant « Ghost vs Vampire », une incroyable capacité à creuser un sillon à base de rythmiques un peu trop plombées, de guitares un peu trop stridentes, de ralentissements et d’accélérations… La façon dont un petit joyau comme « My coffin » se construit progressivement devrait être enseignée dans les manuels.

John Peel RIP

In memoriam : s'il y a un disque qui m'a ouvert des dizaines de portes musicales à explorer, c'est le Best Of des fameuses Peel Sessions. Rien que la tracklist est un chef d'oeuvre.
1.Terrapin -- Syd Barrett
2.Love Will Tear Us Apart -- Joy Division
3.Dreams Never End -- New Order
4.Killing An Arab -- The Cure
5.Hong Kong Garden -- Siouxsie & the Banshees
6.Gimme Shelter -- Inspiral Carpets
7.What A Difference Does It Make -- The Smiths
8.Love And Romance -- The Slits
9.I Am The Fly -- Wire
10.You're Just A... -- The Ruts
11.Unionize -- Redskins
12.Jewel -- T.Rex
13.Fast Cars -- The Buzzcocks
14.I Found The Essence Rare -- Gang Of Four
15.Here Comes The Summer -- The Undertones
16.You Should Always Keep In Touch With Your Friends -- The Wedding Present

Brigitte Fontaine aux Folies Bergère (25/10/04)

En maigres formes dans ses combinaisons (une kaki pour le concert, une rose bonbon pour le rappel) mais en grande forme sur la scène, et fort bien accompagnée (Aresky of course, plus deux violonistes, un clavier, un batteur, un bassiste, tout ce monde étant de "vrais bons" musiciens, c'est-à-dire des types doués mais qui n'ont pas besoin d'en faire des tonnes... ceci étant la spécialité de la Fontaine, manifestement très contente d'être devant un public de fans, se faisant désirer, jouant de sa présence. Côté sélection des morceaux, pas de surprise : quelques extraits du nouvel album, plus les classiques de Kékéland et Comme À La Radio - mais ça fait plaisir d'avoir les Zazous... autant plaisir que la voix et le grain de folie, maîtrisés mais intacts l'un comme l'autre. On sort du rappel sans avoir vu passer les deux heures...

Monday, October 25, 2004

Plastikman - Disconnect

Trois morceaux : le court Edit de Disconnect, petit chef d'oeuvre de minimalisme tendu, et deux longues explorations (>10 min), "Headcase" et "Digital divide" - qu'on passe à se demander si c'est de l'art ou du boudin, tellement il semble ne rien s'y passer - sauf qu'à la fin de Headcase par exemple, on remarque ce bourdonnement sourd qui a monté pendant tout le morceau, ce qui vaut bien une écoute supplémentaire... Richie Hawtin continue à mener son petit monde avec de l'électronique audacieuse et juste assez avant-gardiste pour faire bosser les neurones.

Quotes

"Funnily, of course, it is serious. But seriously, isn't it funny ?" (GK Chesterton)

"Robot walks into a bar, orders a drink, lays down a bill. Bartender says 'hey we don't serve robots' and the robot said, 'oh but someday you will'" (D Berman)

Clémentine - Couleur Café

Pas de bol pour la petite protégée de Claude Challe : après plusieurs albums et même une compilation, le succès ne semble effectivement pas frapper à sa porte – peut-être à cause de son absence de talent, qui lui permet de transformer à peu près n’importe quoi en indigeste et fadasse soupasse vaguement bossa nova. Assez curieusement, le pire accouche parfois tout de même du meilleur : sur cette reprise de Gainsbourg, la voix légèrement irritante de niaiserie est utilisée à merveille (c’est-à-dire peu), ne reste plus qu’une production pleine de petites idées (le coup de sifflet, les chœurs crétins, , le break d’inspiration samba, le chant d’enfant) qui s’additionnent pour faire un joli petit titre bon pour l’audition en boucle.

Patricio Guzman - Salvador Allende

Retour sur « l’autre 11 septembre », celui où un coup d’état mené par des militaires soutenus par la CIA renverse un jeune gouvernement socialiste, et dont le leader finit par se suicider sous les bombes du coup d’état qui amènera Pinochet au pouvoir…C’est toujours difficile de faire un documentaire respectant l’objectivité, et Patricio Guzman n’essaie même pas, parce que c’est une histoire qu’il a vécue, les images d’archive qui constituent le gros du film sont souvent les siennes et il s’est battu pour les tourner et les conserver (moment notamment où le cameraman argentin se fait tuer par le militaire qu’il est en train de filmer) ; pour ce qui est de l’ histoire il faudra donc aller voir ailleurs, ce que Guzman donne à voir c’est l’enthousiasme de tout un peuple dont il fit partie, c’est son incompréhension devant la façon dont ce peuple ne se battit pas, c’est le parcours d’un idéaliste à une époque où ce genre de gens existait encore en politique, et c’est déjà énorme…

Le lien utile du jour

http://www.improbable.com/