Friday, November 05, 2004

Expo - Sons & Lumières (Pompidou)

C’est l’exposition à voir absolument quand on s’intéresse un peu à la musique : cent ans ou presque de rapports entre peintres et musiciens sont passés au crible. Bien sûr, il y a des manques, des déséquilibres curieux (où est le Treatise de Cornelius Cardew ? pas de mention de Brian Eno et de son I Ching ? si peu pour John Cage, tant pour Fluxus ? pourquoi les lettristes ont-ils été réduits à une note de bas de page dans l’installation de Roul Hausmann), et il est regrettable que les contemporains ne soient quasiment représentés que par Marclay (et encore, très improprement, à travers la moquette de CDs du couloir extérieur du sixième étage, alors qu’il est surtout connu pour ses jeux avec les vinyles) alors qu’il se passe des choses passionnantes.
Mais l’essentiel, c’est qu’on a là un panorama passionnant : d’abord des années de recherches trop oubliées aujourd’hui (comme l’impressionnant piano à lumières de Baranoff), ensuite une floraison en milieu de siècle (je ne connaissais pas Fischinger, ce type est une vraie découverte, s’il y a un ensemble de courts-métrages à regarder intégralement c’est celui-là), floraison qui inclut quelques esquisses de Disney (Fantasia et l’Apprenti Sorcier – on aurait aimé voir les films eux-mêmes, idéalement peut-être la collaboration avec Dali).
La seconde partie est plus attendue, concentrée sur l’avant-garde new-yorkaise ; beaucoup d’espace consacré à la Dream House de La Monte Young (qui n’en méritait peut-être pas tant, et qui a fait des choses beaucoup plus intéressantes) et qui s’ouvre sur la fabuleuse Dreamachine de Brion Gysin, laquelle vaut le détour à elle toute seule.
Dernière et troisième partie fourre-tout, avec une salle passionnante sur les futuristes (mais qui manque un peu de mise en perspective historique, décalée comme elle est au milieu des années 50-60), un peu de Cage (autre petit film à ne pas rater) et une grande salle Fluxus intéressante mais peut-être moins nécessaire que d’autres choses…
Typiquement le genre d’expositions qu’on peut voir plusieurs fois en découvrant à chaque passage de nouvelles choses.

Merleau-Ponty - L'oeil et l'esprit

Des livres sur la peinture, il y en a des milliers ; mais s’il ne faut en lire qu’un, c’est probablement celui-là, d’abord parce qu’il est très court (c’est une illusion, parce qu’il est aussi très dense), ensuite parce que Merleau-Ponty fait le tour du problème avec une profondeur de vues saisissante, parvient à décrire avec précision la peinture en particulier comme une manifestation particulière et essentielle de la condition humaine en général.

Il ne cherche pas à atteindre une définition scientifique des phénomènes à l’œuvre, pas plus qu’il ne s’embarque dans des explications historiques ou sociologiques (ce qui est à mon sens un peu dommage, parce que l’art doit être vu avec son histoire – Hegel – et parce qu’on ne peut négliger, dans la façon dont on va « ressentir » une œuvre, l’importance de l’inné) – au contraire, il se fixe sur l’expérience, la sensation (« En vérité il est absurde de soumettre à l’entendement pur le mélange de l’entendement et du corps »), et arrive ainsi à des phrases troublantes sur la naissance d’une âme humaine (à défaut d’un autre mot) : « Un corps humain est là quand, entre voyant et visible, entre touchant et touché, entre un œil et l’autre, entre la main et la main se fait une sorte de recroisement, quand s’allume l’étincelle du sentant sensible, quand prend ce feu qui ne cessera pas de brûler jusqu’à ce que tel accident du corps défasse ce que nul accident n’aurait suffi à faire… » - l’une des forces du livre est d’ailleurs ce style fluide, élégant, au fil de la plume, parfois sujet à des envolées poétiques superbes, puissantes.

L’autre force du livre est de tirer une grande partie de son matériau de phrases de peintres essayant de décrire leur travail ; et malgré la variété de ces sources (qui incluent aussi bien Klee que Rodin), il en tire une sorte de substantifique moelle, peut-être le mieux résumée par l’épitaphe de Klee : « Je suis insaisissable dans l’immanence… »

VA - Verve unmixed #2

Les Verve Remixed sont une excellente occasion de (re-)découvrir l’un des plus beaux catalogues du jazz dans de beaux habits neufs et modernes ; mais la vraie bonne idée, c’est de sortir en même temps les versions non remixées, qui permettent de vérifier le niveau de génie des versions originales, qu’il s’agisse d’easy listening élégant (Cal Tjader, Astrud Gilberto, Sarah Vaughan), ou de chanteuses d’exception (Ella et Nina ont chacune droit à deux morceaux, et ce serait dommage de se priver du Sinnerman de la seconde, l’un de ces morceaux qui prennent aux tripes – sans parler de Betty Carter reprenant Coltrane) le be-bop instrumental (Dizzy Gillespie) et les autres genres de jazz « difficult listening » étant moins représentés…

VA - Swinging mademoiselles vol 1

Cette compile de starlettes françaises des années 60 fait partie des indispensables : paroles crétines ou hilarantes, en tout cas délicieuses, voix totalement datées, instrumentation criblées de tics de l’époque (sitars notamment), le tout forme un cocktail ultra léger mais ultra étourdissant, parfait pour remettre le sourire sur les visages les plus fatigués, avec quelques titres qui se distinguent particulièrement : « L’idole des jaunes », « Les filles c’est fait pour faire l’amour »… ce serait dommage de laisser ce genre de disques aux seules mains des amateurs de pop 60’s.

Thursday, November 04, 2004

La vie en entreprise #3



Ce que j'aime bien à la Société Générale, c'est qu'à partir du moment où vous faites de la finance, vos choix de vie sont super variés.


Le joueur d'accordéon de l'enfer. Il FAUT que je trouve quelque chose à faire de cette image.

Tom Waits - Rain dogs




Rain Dogs fait partie des grands albums de Tom Waits : la musique déglinguée qui le caractérise aujourd'hui a été introduite sur l'album précédent, « Swordfishtrombones », le côté balades piano des albums des 70's est toujours là, et Tom Waits enchaîne une galerie de portraits dans lesquels il déborde de tendresse pour chacun de ses personnages, qui transparaît dans sa voix de vieux bougon même lorsque ses paroles sont le plus désespérées (« Time »). Deux partenaires de choix ont été embarqués, John Lurie (ex Lounge Lizards, grands dynamiteurs de stéréotypes) et Marc Ribot (de la bande à Zorn, ça veut tout dire et ça ne dispense pas d'écouter ses excellents albums solo).

Tout ça mérite bien une citation : "The paradox of Tom Waits is that in pretending to be someone else he becomes more himself" (Simon Mc Burney).

Wednesday, November 03, 2004

La vie en entreprise #2




Aujourd'hui, je transforme Excel en simulateur d'aurores boréales grâce à la fonction audit. Will wonders ever cease ?

Toujours pas de lumière dans les chiottes, et la mystérieuse enveloppe blanche adressée à une entreprise qui a déménagé de ce bâtiment de bureaux depuis bien longtemps attend toujours son postier charmant dans un coin du hall.

Tes - Times Two

Dans la droite ligne des groupes Anticon, Tes et les autres groupes de Lex tracent une route hip-hop exigeante, entre confessions intimes, préoccupations politiques et paroles surréalistes. L’album de Tes frappe par sa maturité : il a un son qui n’appartient qu’à lui, même s’il le place d’entrée de jeu dans la lignée Anticon ; quelques lignes mélodiques reviennent comme autant de fantômes, et renforcent la cohésion de l’album ; le single « New New York » est absolument parfait ; on se retrouve dans l’un de ces albums mouvants qui nous sont familiers dès la première écoute, mais qui continuent à se dérober à la centième, révélant des astuces de production, des morceaux denses, un album épargnant ses forces entre des morceaux vocaux intenses et des interludes instrumentaux plus calmes mais augurant des tensions à venir…

Halloween

Il n'y a plus de saisons : la preuve, cette année Halloween est tombé le 3 novembre, sauf dépouillage (mot dont la polysémie est particulièrement adaptée au contexte) surprise dans l'Ohio. Ce n'est pas tellement qu'en élisant Kerry, nos amis américains mettaient à la tête de leur beau pays un génie bienveillant qui se serait empressé de répandre la lumiére et la bonté à travers le monde, réglant d'un coup de baguette magique les problèmes récurrents (guerre, cancer, famine, Céline Dion).

C'est juste que bon, il a l'air moins pire, et Bush, mine de rien, on aurait bien aimé le voir perdre.

La citation du jour

Rodin : « C’est l’artiste qui est véridique et c’est la photographie qui est menteuse, car, dans la réalité, le temps ne s’arrête pas »

(sans commentaire)

Sofa #28

Sofa est un magazine que j’ai découvert récemment et qui pourrait bien devenir une lecture régulière : édito insistant sur l’absence de copinage, la culture libre, sélection d’artistes un peu hors champ et articles donnant envie d’en savoir plus… du coup, c’est rageant quand la forme ne suit pas (les pages sont criblées de caractères manquants et de fautes de grammaire affligeantes), et on a un peu de mal à les prendre au sérieux quand ils tapent sur les Libertines (qui ne méritent pas autant d’attention, sans être révolutionnaire leur album se tient quand même largement au-dessus de la production rock actuelle), pour mieux défendre la bubblegum pop - les références ont beau être solides (Lester Bangs et Paul Morley), les alternatives proposées (Kylie Minogue, Girls Aloud, Annie, Rachel Stevens) ne tiennent quand même pas la route… Tant pis, il reste de beaux articles, comme sur deux increvables icônes : Malcolm Mc Laren ou William Gibson.

Nouveaux jouets

Deux nouveaux jouets à l'utilité contestable mais c'est gratuit et ça peut servir : Feedreader est un lecteur de feeds gratuit et sympa. Un feed, par exemple, c'est ça

Hello permet de partager en ligne des photos, et aussi de les afficher dans son blog, ce qui est spécialement utile.

T Rex - The slider

Évidemment, après « Electric warrior », difficile de faire mieux : du coup, Bolan se « contente » de cette mirifique moisson de singles, sans chercher à retrouver la cohérence d’un véritable album. Les morceaux rêveurs sont les meilleurs (avec une faiblesse particulière pour le morceau-titre), et il y a un doublé d’anthologie, « Buik Mc Kane »/« Telegram Sam », mais au total, l’album se retrouve dans une position maladroite, contenant trop de bonnes chansons pour rester en seconde zone, mais sans le petit plus pour en faire une légende…

Tuesday, November 02, 2004

The Sweet - Fanny Adams

Vous cherchez le top du top en matière de kitscherie ? N'allez pas plus loin, nous avons ce qu'il vous faut : un quatuor de couillons débitant des clichés rock vaguement hardeux avec des mélodies formatées Top 50. Rien que les coupes de cheveux et les fringues, c'est du bonheur, alors imaginez les morceaux... et je ne vous parle même pas des paroles. On a tort de se moquer aujourd'hui des groupes pré-formatés lâchés par grappes sur les masses innocentes, ça fait un bail que ça existe (c'était le cas avant même l'invention du disque, à la noble époque où les singles, c'était une partition, ce qui méritera un développement forcément passionnant de ma part un de ces jours), et The Sweet était un merveilleux exemple du genre.
Et pourtant l'album s'écoute avec plaisir, comme on mange un gros Haribo : leur gros son n'est pas encore taché par les tentatives intellectuelles qui caractériseront leur carrière, du coup l'album ressemble à un mélange de montagnes russes et de feu d'artifice, avec en bonus, en général au bout de 4 minutes, un long break expérimental et hilarant. Le sale petit frère de T Rex, caricaturant l'aîné ; j'allais oublier, le dernier titre s'appelle AC/DC...

Pour voir

www.audioscrobbler.com, site épatant au principe épatant (enfin bon, comme Christopher Reeve : quand il marche), permet également de faire des forums, j'ai donc lancé les "Epatantes Musicales Nouveautes", qui donnera ce qu'il donnera.

Saul Williams – Amethyst rock star

Production parfois un peu facile et manquant d’unité, mais un grand album : Saul Williams a un débit de prédicateur branque et balance ses histoires de fin du monde et de gros concassages de spiritualités de façon particulièrement impressionnante. Le morceau avec DJ Krust, « Coded language », est particulièrement réussi.

Stevie Wonder - Talking Book

Je ne sais pas trop ce qui fait qu’on s’éloigne d’un album progressivement, par petites touches, comme ça arrive parfois avec les amis ; toujours est-il que c’est bien ce qui se passe avec ce Talking Book. Ça a beau être du Stevie Wonder, avec ses tubes (« Superstition »), ses moments parfaits (« Blame it on the sun »), les écoutes répétées finissent par révéler les petites faiblesses, le côté irrémédiablement gentil et un peu fade de certaines mélodies, une certaine niaiserie des paroles… on finirait par y voir un brouillon d’Innervisions, Superstition ébauche de Higher Ground, Big Brother tentative de Misstra Know It All, etc. Reste un bouquet de chansons un peu irrégulier, une production un peu floue, et un petit bijou, « Blame it on the sun », paumé au milieu d’une guimauve (« Lookin’ for another love ») qui laisse déjà présager des pires heures de ses années 80.

Les aventures du maniaque

L'Observatoire des Bons & Mauvais Usages du Français * a décidé de faire chier le monde. Partant du principe que le français est une bien belle langue, et qu'elle serait nettement plus compréhensible si tout le monde respectait un ensemble de conventions façonnées par l'usage et le bon sens (ci-après "Les Règles"), nous, enfin moi, rappelons les points suivants :

- On accentue les capitales. Ce n'est pas parce que vous mesurez plus de deux mètres que vous êtes dispensé de respecter le code de la route. Ce n'est pas parce que vous vous écrivez "E" ou "A" au lieu de "e" ou "a" que les accents n'ont plus cours. Le Perrousseaux y consacre pas moins de quatre pages : donc je répète, on met les fucking accents sur les fucking capitales. C’est comme ça. Je le cite donc :
« …en typographie, l’accent sur les capitales (…) :
- a pleine valeur orthographique ;
- détermine la prononciation ;
- évite la confusion de sens de nombreux mots(…) »

- "Celà" n'existe pas. La façon dont cette orthographe fantaisiste s'est répandue dans ma boîte mériterait probablement une étude sociologique et néanmoins approfondie, mais on écrit "cela". On a toujours écrit "cela". On n'a aucune raison d'écrire "celà", quoiqu'en pense ou dise mon polytechnicien de boss. Le Bescherelle orthographique y consacre d'ailleurs son tout premier chapitre, sur le son « a ». Par contre, "celle-là", "celui-là", "ceux-là".

- "Au temps pour moi" et "Autant pour moi" sont deux orthographes valables, même si je trouve la seconde plus logique. Cf http://www.langue-fr.net/index/A/au_temps-autant.htm

- Je suis fasciné par le petit et mignon "n'imp'" qui me semble avoir mis un peu de temps à se répandre.

- Je ne sais pas si je dois me réjouir ou être consterné par le "c'était vraiment très intéressant" qui semble destiné à parachever la moitié des prises de parole ces jours-ci. Un peu d'auto-dérision, même ici à l'Observatoire, n'a jamais fait de mal à personne, mais je vois venir gros comme une maison le moment où il sera impossible de
sortir quoi que ce soit nécessitant plus d'un neurone pour être compris, sans avoir droit à son "c'était vraiment...", nouvel hymne post-moderne. On verra.

Et hop.

* dont je suis président, fondateur, secrétaire, et unique membre, mais ça n'empêche pas.

Je suis un con #1

(c'est l'un de ces rares constats que l'expérience renforce jour après jour)
J'ai presque failli croire que John Cale s'appelait vraiment ainsi en hommage à John Cage. Stay tuned.

Besoin d'argent ?

"Quelles que soit votre situation, nous avons la solution" "Crédit personnel, formalité réduite à une Carte Bleue". Trouvé avec un numéro de téléphone, là encore sur des pare-brises. Bien évidemment, ça sent l'arnaque à plein nez, mais quand même, j'aurais bien aimé savoir comment ça se passait. Pas de bol, je suis tombé sur une entreprise à la con qui n'avait rien à voir, et pour la recherche inversée, j'en suis pour mes frais. Encore un grand mystère de l'existence qui ne sera pas éclairci. Je ne saurai même pas s'ils avaient besoin de l'argent pour s'acheter un Bescherelle.

Nominés du Prix Altadis Arts Plastiques 2004-2005 - Palais de Tokyo

"Ça ne s'améliore pas", donc. Pas grand-chose à se mettre sous la dent, à part la vidéo de Marie Péjus et Christophe Berdaguer, et je ne dis pas ça parce que c'est mon frérot qui a fait le technique, mais au milieu du n'importe quoi généralisé, une balade de cinq minutes dans cette ville imaginaire, où chaque bâtiment est un projet d'architecte non encore réalisé, c'est un gros bol d'idées.
Le reste inclut du foutage de gueule suffisamment potache pour me faire virer réac' (panneau de circulation piéton new-yorkais don't walk/moonwalk et autres propositions de déplacement des prostituées en haute montagne pour en faire des putes d'altitude), et quelques vraies bonnes idées complétement sous-exploitées (coureur se baladant dans un quartier avec des maquettes de constructions de ce quartier, collection de panneaux routiers indiquant des villages sur le point d'être ensevelis par un barrage).

Wang Du Parade #4 au Palais de Tokyo

Mettons que je sois de mauvais poil. Mettons que j'ai vu cette exposition dans un mauvais enchaînement. Mettons, aussi, que ce ne soit pas totalement mauvais, et que j'ai plus de mal avec une oeuvre "pas totalement mauvaise", qui implique donc de passer un peu de temps à comprendre pourquoi et comment, qu'avec quelque chose de franchement naze, qu'on peut donc balancer directement dans la poubelle sans réfléchir à autre chose qu'à calculer une jolie trajectoire, voire rajouter un petit effet de style sur la position des bras.
Bref.
Toute l'exposition fonctionne sur le principe de dénonciation des médias modernes par le biais du gigantisme. Soit. Esthétiquement, c'est plus pénible qu'autre chose, et il y a des idées intéressantes, comme celle qui consiste à appliquer à des sculptures des déformations typiques de la peinture (éléments du premier plan exagérément grossis), mais on en sort avec cette impression de "oui, et alors ?" qui caractérise de plus en plus souvent mes visites dans ce genre d'endroits.
On en revient à mon habituelle critique du post-modernisme : c'est très amusant, mais à force de faire de l'ironie sur des trucs qui font du second degré sur des trucs qui offrent une vision cynique de choses au dix-huitième degré, forcément, au final, ça manque un peu de sens.