Friday, November 12, 2004

Cerrone - Supernature

Parmi les nombreuses choses qui me font aimer la disco : un pourcentage d’ovnis nettement supérieur à la moyenne des genres musicaux. Cerrone n’est pas vraiment un inconnu complet, et il est régulièrement cité, samplé, compilé. Mais en 1977, alors encore au début de sa carrière, il pond ce morceau superbe, irrésistible, et ce maxi d’une demi-heure, six titres centrés autour du morceau-titre, sombre prophétie anti-OGM bien avant l’heure, qui emmène la disco en vadrouille sur l’île du docteur Moreau :
« Once upon a time
Science opened up the door
We would feed the hungry fields
Til they couldn't eat no more
But the potions that we made
Touched the creatures down below
And they grow up in a way
That we'd never seen before »

Et après le pont, c’est un spectacle de désolation, d’enfer trop tôt, qui est décrit : Things are different today / Darkness all around… brusquement sont justifiés et réalisés les pires cauchemars de la disco, ceux qui faisaient accélérer tant et plus les chanteurs et chanteuses, escalades superpitchées d’Anita Ward ou Sylvester, dans une fuite en avant d’autant plus joyeuse d’apparence qu’elle était désespérée, le morceau suivant, paradoxalement nommé « Sweet Drums », ressort seules les percussions du morceau précédent, sans plus de voix humaines, batailles dans les graves, oubliez les aigus symboles de vie.

On aurait pu s’attendre, après un tel coup de maître, à du remplissage, à du recyclage des éléments de « Supernature », mais à la place c’est « In the smoke », fumée s’éclairant de quelques passages de synthés sur la fin, puis « Give me love », long morceau quasi-instrumental posant les bases d’une disco classique jusqu’à l’écoeurement, et sa réponse « Love is here », invitation à danser sur le pont du bateau en croisière, enfin « Love is the answer », le même mais en version rallongée, trop propre, trop facile, pour être honnête, et recommençant déjà à accélérer le mouvement, à monter les aigus des voix…

Le genre d’album qui se prête presque malgré lui à des heures d’interprétation, qui les suscite quand bien même le but affiché est l’abandon irréfléchi à la danse.

C'est normal

(comme le chante Brigitte Fontaine)
http://communities.anomalies.net/cgi-bin/bbs/ultimatebb.cgi

http://johntitor.com/

Suffisamment drôle pour être reproduit

VICTIM: 1000 watt dual-voice coil driver (sealed)
CULPRIT: Remote "The Swarm"
CAUSE OF DEATH: structural failure of speaker surround (over-excursion)

VICTIM: 1000 watt dual-voice coil driver (sealed)
CULPRIT: Recloose "Landcruising"
CAUSE OF DEATH: electrical overload

VICTIM: 500 watt driver (sealed)
CULPRIT: Model 500 "Night Drive Through Babylon"
CAUSE OF DEATH: electrical overload w/ smoke

VICTIM: 1200-watt class-D Kenwood amplifier
CULPRIT: Submerge "Depth Charge Volume 5"
CAUSE OF DEATH: Active cooling failure resulting in overheat. Victim was found thermally-fused to vehicle carpet.

I see dead speakers.

(par Brian "Ballistic" Prince, posté sur 313@hyperreal.org)

Enfin

Enfin trouvé une religion qui me convienne, ainsi qu'un Empereur que je serais prêt à suivre. Merci Wikipedia.

Basement Jaxx - Kish kash

C'est tout simplement un grand disque, aussi incroyable que ça puisse sembler venant de la part d'une telle bande de "faiseurs" : enlevez les interludes, vous avez une suite de singles parfaits pour le walkman comme pour le dancefloor, remettez les interludes c'est un enchaînement impeccable, avec juste ce qu'il faut de graisse pour fluidifier le mouvement général (ou presque)... merci quand même à la brochette d'invités, qui atteint au génie avec Siouxsie Sioux (sur le meilleur morceau, Cish Cash), et dont la rare absence se fait cruellement sentir ("If I ever recover") ; le concept même d'invités étant au centre de cette esthétique du collage, de la récupération, pourvu que ça marche...

Bertrand Fleischmann - Welcome tourist

Mélange peu original d'électronique à la Boards Of Canada, de "found sounds" enregistrés en voyage (surtout sur le deuxième CD, d'un seul tenant), mais qui frappe par son côté bande-son idéale, cette sensation d'apesanteur immédiate qu'elle procure, un confort sonore tel qu'on pourrait le taxer de papier-peint auditif s'il n'y avait en permanence une foule de petits détails qui accrochent l'oreille et l'empêchent de s'endormir, finissent par créer le léger malaise d'un bourdonnement à peine perceptible derrière les nappes de synthé trop rangées, le petit plus qui fait les grands albums.

Thursday, November 11, 2004

Paul Celan - La main pleine d'heures

L’un des plus beaux poëmes du monde est aussi l’un des plus obscurs, il est dû à Paul Celan qui trouva manifestement le temps d’aimer entre les camps et sa noyade. Et cette "main pleine d'heures" est la plus belle image que je connaisse du mouvement du temps.

La main pleine d’heures, ainsi tu vins à moi – j’ai dit :
Tu n’as pas les cheveux bruns.
Alors tu les as soulevés et mis légers sur la balance de la douleur : ils étaient plus lourds que moi…

Ils viennent à toi sur des navires et les y chargent, ils les écoulent sur les marchés du plaisir –
Tu souris vers moi depuis la profondeur, je pleure vers toi depuis le plateau qui demeure léger.
Je pleure : tu n’as pas les cheveux bruns, ils offrent l’eau de la mer, et tu leur donnes des boucles…
Tu chuchotes : ils remplissent le monde rien qu’avec moi et je demeure un chemin creux dans ton cœur !
Tu dis : mets avec toi le feuillage des années – il est temps que tu viennes et m’embrasses !

Le feuillage des années est brun, tes cheveux ne le sont pas.

Monday, November 08, 2004

Flashbacks #1 - Drug songs (1917-1944)

À l’époque, le be bop est encore à venir, l’improvisation a commencé à se répandre, mais le jazz reste une forme très cadrée, très prévisible, proche de ses racines blues – et dans les racines blues, de l’atmosphère enfumée et louche des bars miteux. Dans lesquels on ne se contente pas de boire (beaucoup) : ça fume du shit, ça se pique, ça sniffe un peu… c’est là le point de mire de cette jolie compilation en provenance des indispensables Teutons de chez Trikont : des histoires de « vipers », de « cats », à la recherche de leur « candy », de leur « moonshine », de leur « stuff », voire de leur benzédrine… toujours la même histoire, racontée sous tous les angles possibles, du plus émouvant (le curieusement cinématographique « Cigarettes, cigars » de Florence Desmond) au plus enjoué (Cab Calloway Himself), et les plus complets oubliés (Harry Gibson, Dick Justice ?) se mêlent au beau monde du jazz (Ella, Louis, Krupa…) et aux indispensables du blues (Dupree, Bukka White, Lonnie Johnson…).
Les paroles à elles seules valent le détour, on assiste souvent à un complet décalage entre la musique, ultra-conventionnelle, et les paroles ultra explicites ; certains morceaux sont de petits bijoux d’humour délirant (qui a mis de la benzédrine dans l’ovomaltine de Mme Murphy ?).
Certains enchaînements sont de ceux qui nécessitent une culture musicale encyclopédique (Mills Blue Rhythm Band avec Cab Calloway), et globalement la compilation, loin d’être un assemblage hétéroclite, parvient à ressusciter pendant une heure un monde disparu dans lequel le sex drugs & jazz n’avait rien à envier au sex drugs rock’n roll…