Wednesday, November 24, 2004

Arling & Cameron - We are A&C

Les hollandais c'est comme les japonais, ils ont une façon particulière de récupérer ce qu'ils peuvent dans le grand continuum musical contemporain, de s'attarder sur les détails que les autres laissent généralement passer, de les extraire et de les refondre en quelque chose de cohérent et, malgré tout, personnel. Chez leur voisine Solex ça donne un gros machin énervé, chez A&C on fait dans la musique de film en louchant sur la muzak, du coup certains passages ultra-lisses ne peuvent qu'énerver un peu (Born in June), mais dans leurs meilleurs moments ils parviennent à évoquer Air, ou un Kraftwerk de bonne humeur, plus occupé à piocher chez Michel MAgne que chez Can.

Emily Dickinson - "It might be easier"

IT might be easier
To fail with land in sight,
Than gain my blue peninsula
To perish of delight.

Les poëmes les plus courts sont parfois les meilleurs.


Toward The Blue Peninsula

Et oui, il s'agit bien du "blue peninsula" qui a inspiré Cornell.

Et comme Internet est notre ami, tous ses poëmes sont en ligne.

Tuesday, November 23, 2004

Joseph Cornell

C'est l'un des artistes les plus sous-estimés et les plus fascinants que je connaisse. La meilleure description de son art, on la doit à William Gibson, qui imagine dans Count Zero qu'un robot devenu fou se mette à fabriquer de nouvelles "boîtes de Cornell" à partir des débris épars dans la solitude de sa station spatiale abandonnée.

“But Marly was lost in the box, in its evocation of impossible distances, of loss and yearning. It was somber, gentle, and somehow childlike. It contained seven objects.
The slender fluted bone, surely formed for flight, surely from the wing of some large bird. Three archaic circuit boards, faced with mazes of gold A smooth white sphere of baked clay. An age-blackened fragment of lace. A finger-length segment of what she assumed was bone from a human wrist, grayish white, inset smoothly with the silicon shaft of a small instrument that must once have ridden flush with the surface of the skin but the thing's face was seared and blackened.
The box was a universe, a poem, frozen on the boundaries of human experience.”

Une autre description, plus concise mais tout aussi efficace, de l'art de Cornell, dans la monographie qui lui est consacrée par Diana Waldman : "Cornell fashioned boxes in which different worlds and different time frames coexist in exquisite harmony"

Quelques exemples de son art :


Untitled (Medici princess - 1952)


Distance to the moon (1959)


untitled (1968)

Monday, November 22, 2004

Diana Ross & the Supremes - The happening

C’est l’un de ces morceaux qui ont une pêche irrésistible, comme d’ouvrir les fenêtres et brusquement s’apercevoir que dehors c’est le printemps, avec à la porte le facteur les bras chargés de sa dernière commande sur Amazon, une demi-douzaine de mannequins se battant pour savoir celle qui suce le mieux et peut-être même le coursier qui vous amène des invitations pour l’avant-première du nouveau Woody Allen, et même si je reconnais que ça fait beaucoup de monde dans le couloir, rarement on aura vu chanson plus optimiste, plus enjouée, plus enlevée, « the happening » en question étant manifestement quelque chose de très bien, et en plus, comme dans une bonne pub, « it happened to me / an dit could happen to you ! », on tourne même vraiment à la ferveur religieuse (« Suddenly I just woke up to the happening ») – quelle ne fut pas ma stupeur, donc, en m’apercevant que tout ceci n’était qu’un décor, morceaux de carton dissimulant la plus hideuse des vérités – cet événement qui m’ouvre les yeux, c’est mon cœur brisé (« I saw my dreams torn apart / When love walked away from my heart »), et rien ici qui puisse me remonter le moral, Diana Ross en divine blagueuse m’expliquant que c’est foutu, m’assénant les pires vérités avec un grand sourire charmeur.
Du coup, je crois que je vais me pencher d’un peu sur tous ces hits d’époques dorées, tirer les barbes de ces faux Père Noël pop – les Supremes, grandes précurseuses de cette folie trompeusement joyeuse et hystérique, qu’on appela disco…

Nina Simone - Sinnerman

C’est l’un des morceaux les plus fascinants, les plus essentiels que je connaisse – aussi varié dans ses interprétations possibles que la voix de Nina Simone est variée dans ses registres, on l’y voit interpellant un pauvre pêcheur essayant désespérément de se soustraire au courroux divin tel un intemporel Caïn (et l’œil était dans la tombe, et regardait Caïn…), mais dès le second couplet, il est clair qu’on sort du cadre d’un gospel classique, d’abord parce que ce que le piano rythme, c’est une fuite effrénée à laquelle on ne peut que compatir, ces quelques notes en boucle bancale et angoissante suffisent à nous faire passer de juges à jugés, comme dès le second couplet Nina est passée de la seconde à la première personne du singulier, elle apostrophe le rocher une dernière fois, avant d’essayer de plonger dans la rivière, mais c’est une rivière de sang qui l’accueille, puis une mer en ébullition, c’est déjà l’apocalypse sur Terre parce qu’après tout, nous sommes tous pêcheurs, lâchés sans guide dans un monde inhospitalier, condamnés avant d’avoir fauté – Dieu n’est pas là pour nous, il se contente de botter en touche en nous envoyant dans les bras du Diable qui attend tranquillement… et c’est là que le morceau devient essentiel, quand elle crie « power ! », contradiction complète avec le reste du morceau, révolte contre Dieu et le Diable et les éléments, le faible humain relevant enfin la tête, ayant en quelque sorte trouvé sa justification, un sens à son existence dans sa lutte contre, justement, l’absence de sens d’un monde inique, faisant de ce morceau une déclaration existentielle autant qu’essentielle, qui s’achèvera sur une dernière énigme : une longue outro apaisée, nous rappelant qu’après cette victoire de principe, le droit de vivre a été gagné, le combat continue…

Un peu de peinture

Deux peintres contemporains, inclassables, doués : Neo Rauch et Peter Doig


Peter Doig


Neo Rauch

Feel good hits of the 2003 fall

Tout le monde s'en fout, mais j'ai enfin fini de compiler mes tops de 2003 (oui, 2003).

Donc :
- Dix singles parfaits de l'année :
!!! – Feel good hit of the fall
Public Enemy vs Ray Parker Jr – Bring the noise Tes – New New York Dizzy Rascal – Fix up look sharp (remix feat Wiley) Kelis – Milk shake LFO – Freak Lumidee – Never gonna leave you Octet – Hey bonus Ween – It’s gonna be a long night Pet Shop Boys – Email

- Dix vieilleries sans lesquelles ma vie serait moins belle :
Antony & the Johnsons – Cripple and the starfish Nancy Sinatra & Dean Martin – Things Charlatans – Happen to die (long version) Harry James & His Orchestra – I’ve heard that song before Jefferson Airplane – Somebody to love Koobas – The first cut is the deepest Nightmares On Wax – 70s 80s Michael Nyman – Chasing sheep is best left to shepherds William Sheller – Un archet sur mes veines Spacemen 3 – May the circle be unbroken

- Les dix artistes qui m'auront le plus accompagné au walkman :
Gangstarr
White Stripes
Marvin Gaye
Beatles
Gold Chains
Stevie Wonder
Nightmares On Wax
Faith No More
Ramones
Angelic Upstarts
X Ray Spex